Le principe de l’Opération Graines de l’Espoir est simple : fournir des graines de variétés potagères à des villages de pays en voie de développement. De nombreux lecteurs de Belle-Santé nous envoient des semences... que nous réexpédions à des dizaines de villages en Afrique, en Asie du Sud-Est ou en Amérique Latine
Certains lecteurs profitent de leurs vacances sur place. Les services postaux de ces pays n’étant pas sans faille (tous les colis n’arrivent pas à bon port !), ils vont remettre directement les sachets de graines aux responsables des villages. Régullièrement, nous recevons des photos et des comptes-rendus des réussites ou des rares échecs (sécheresse, erreurs de plantation). Et c’est ainsi qu’il y a quelques semaines Roger nous a envoyé son reportage.
« Tous les ans, je passe deux mois au Mali, au Nord-Est deSégou dans une zone constituée principalement de rizières. L’Office du Niger, en charge d’une superficie d’environ 74 500ha, gère les canaux et l’irrigation. »
« Dans le village de Némabougou, j’ai sensibilisé M. Barhima Cissé, technicien agronome en retraite. Il a 76 ans et 10 enfants dont 3 qui continuent l’exploitation des rizières. Les plantations se font après la saison froide qui se termine en février pour une récolte quelques mois plus tard. La famille Cissé va produire l’Artémisia pour en diffuser la culture sur l’ensemble du village de Némabougou ; ils doivent être en quelque sorte les pionniersde l’opération.»
« Barhima observe les minuscules graines d’Artémisia : dans un sachet comme celui-ci, il y a en des centaines de milliers, ce qui est largement suffisant pour faire plusieurs semis, plusieurs fois dans l’année et obtenir des récoltes pour toute la région. Ensuite il suffira de sélectionner deux ou trois pieds d’Artémisia pour obtenir des millions de graines et continuer les cultures !
Les 3 fils de Barhima. J’ai reçu aussi l’appui du chef du village. Tous les habitants de la région sont atteints par le paludisme c’est donc une bénédiction si cette plante permet de soulager les crises de palu sans être obligé d’aller aux dispensaires de Kolongo ou de Macina, situés à 25km du village. »
Le village de Sansanding est situé au bord du fleuve Niger. Il possède une unité de production de spiruline. Depuis des années, je vais y chercher des sachets de spirulin pour les enfants de Némabougou. (Je ne vous ferai pas l’injure de vous apprendre les bienfaits de cette algue sur l’alimentation des enfants.)
« C’est ainsi que j’ai peu à peu noué une relation amicale avec M. Madou Diarra, e gestionnaire du site. Cette « ferme » de spiruline est une opération financée par Antenna Technologies (*). »
« L’idée était de réaliser un jardin médicinal avec de l’Artémisia Annua entre autres, à côté du site de production de la spiruline. Ce projet a reçu l’accord du maire de Sansanding, M. Lassana Kouma (sur la photo avec M. Madou Diarra). La culture d’Artémisia Annua a commencé immédiatement. Cela nous permettra de voir l’évolution d’une culture en saison froide et une autre en saison chaude. »
« J’ai fait une distribution de sachets de graines potagères dans les villages. Presque toutes les femmes exploitent un potager pour améliorer les revenus du ménage. En ce moment, les potagers sont en production de piments et d’oignons. Elles en gardent un peu pour leur propre consommation, mais c’est surtout destiné à la vente. Le moindre mètre carré de terre est utilisé pour augmenter les revenus, mais pas pour les besoins alimentaires des familles. »
« Le régime alimentaire de l’ensemble de la population est essentiellement basé sur les céréales, riz et mil. Durant mon séjour, je n’ai jamais mangé ou vu quelqu'un manger des carottes ou des poivrons, aubergines etc... Je ne sais pas quelles sont les conséquences d’une telle alimentation, mais je peux vous dire que je ne mangerai plus de riz avant au moins 2 mois ! »
« Les semences sont données sous réserve d’un suivi de la culture et d’une redistribution des graines. J’ai laissé sur place un appareil numérique pour que les étapes successives des plantations soient prises en photo. Ces graines ont fait le bonheur des villageois. Le revers de la médaille, c’est que venant d’autres villages, des délégations m’ont demandé des graines potagères ; malheureusement ces personnes, qui ont marché plusieurs heures sous le soleil, sont reparties les mains vides. Mais elles ont l’espoir qu’un jour ce sera leur tour. »
« Je ne peux pas m’empêcher de joindre la photo de la petite Joséphine qui s’est cassé un bras devant moi. Un « rebouteux » a tiré sur le bras pour remettre les os en alignement. Il a ensuite mis un chiffon pour tenir les atèles et c’est tout. Pas de radio, pas d’antidouleur, rien. »
« Pour finir sur une note plus joyeuse, j’avais emmené avec moi un cerf-volant qui a fait la joie des enfants et des adultes aussi. En rédigeant ces lignes, j’ai une pensé émue pour les donateurs qui viennent en aide à ces personnes qui travaillent dur sans se plaindre. »
« Dans mes projets, je voudrais mettre à la disposition du village une machine à repiquer le riz et une moissonneuse batteuse, car j’ai la conviction que, dans cette région de culture du riz, c’est la seule manière d’augmenter la production et de lutter contre la famine qui se profile à l’horizon 2012. La crise financière qui touche les pays du Nord touche aussi les pays du Sud. Encore un grand merci à Belle-Santé et à ses lecteurs-donateurs. »
Roger Fouquet
(*) Antenna Technologies est association humanitaire reconnue d'utilité publique composée de scientifiques, de professeurs, de chercheurs, d'ingénieurs. Antenna Technologies recherche et met en place les solutions technologiques les plus innovantes our couvrir les besoins fondamentaux des populations les plus démunies. Pour en savoir plus, vous pouvez visiter leur site internet : http://www.antenna.ch
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